Sylvie et Jean-Pierre

Alchimistes modernes

L'ESPRIT GAGNANT

Parution octobre 2025

À vous

 

Par la force de l'esprit, vous êtes l’alchimiste de votre destinée.

Vous n'êtes pas ce que vous avez, ni même ce que vous voulez, vous êtes ce que vous pensez.

Votre vie est le miroir de votre esprit.

Il façonne vos journées, vos décisions et votre avenir.

Vos pensées, vos illusions, vos peurs ou désirs finissent toujours par prendre forme dans votre vie.

Cette vérité ne s'apprend pas, elle s'impose à tous, consciemment ou non.

Ce livre prouve que tous les rêves sont possibles et que rien n'est perdu tant qu'on est encore en vie.

Être vivant, c’est détenir le pouvoir immense de choisir sa vie.

Ce pouvoir, personne ne peut vous l’enlever.

 

Avec un petit garçon devenu adulte, avec 4 pieds de vigne et 3 gouttes de rosé, vous allez découvrir une vie ordinaire qui se transforme en une histoire extraordinaire.

Si, avec la force d’un roman, Jean-Pierre raconte sa vie, c’est pour partager un chemin que, vous aussi, pouvez emprunter.

Rien ne le prédestinait à vivre ce qu’il a vécu, et pourtant, progressivement, la vie l’a transformé.

La vie est un parcours initiatique semblable à un labyrinthe aux multiples portes. Derrière chacune d’elles sommeille une multitude de connaissances que l’on croit réservées aux dieux.

De petits miracles en petites révélations, vous découvrirez qu’en vérité, elles résident déjà en vous.

La véritable aventure humaine n’est-elle pas, avant tout, la recherche de la lumière ?

Laissons Jean-Pierre nous emmener aux pierres du passé, là où tout a commencé.

1 - Hier, aujourd'hui, demain

1962

1957

Hier,

Il y a longtemps, dans une rue de Lacoste, un jour de mistral, un petit garçon ramassait des pierres pour en faire des murailles.

Il parlait aux arbres, aux ombres, aux silences. Il jouait à bâtir des mondes sans savoir qu’un jour, bien plus tard, il lui faudrait reconstruire le sien, morceau par morceau, après chaque épreuve.

Ce garçon, qui avait les poches remplies de rêves et les mains pleines de poussière, c'était moi, c’est à lui que je parle quand j’écris.

À cet enfant-là, et à tous les autres devenus grands, je dis que la vie n’est pas un long fleuve tranquille, mais une rivière têtue, bordée de ronces et d’étoiles.

Je lui dis que j’ai chuté, que j'ai douté, que j’ai pleuré, mais que je me suis toujours relevé.

Que c’est pour lui que j’écris, et pour tous ceux qui lui ressemblent.

J’écris pour ceux qui ont connu l’incertitude, les virages brusques, les recommencements.

Pour ceux qui ont dû s’inventer un lendemain quand le présent se dérobait.

J’écris pour transmettre.

Pour Sylvie, pour notre amour.

Pour mes enfants, pour mon frère, pour mes amis.

Pour les lecteurs, pour les inconnus qui, un jour, croiseront ces mots comme on croise un talisman oublié sous une pierre.

Pour ceux qui trouveront, dans ce récit, une résonance discrète, une main tendue.

J’écris pour témoigner, pour dire qu’on peut tomber, perdre, douter, et pourtant avancer.

Aujourd’hui,

Je ne cherche pas à me raconter pour briller, je ne veux pas écrire une légende, mais une vérité.

Celle d’un homme qui n’a jamais cessé de croire que la vie mérite qu’on s’y donne tout entier, même quand elle nous échappe.

Je ne cherche ni reconnaissance, ni pardon, ni gloire.

J’ai voulu faire de mes défaites des tremplins, de mes erreurs des outils, de mes joies des passerelles.

Rien n’est jamais perdu tant qu’on reste ouvert à l’imprévisible, à la tendresse, à la lumière.

Ce n’est pas un testament, ce n’est pas un cri d’adieu, c’est une offrande.

Un chant simple, un peu éraillé peut-être, mais honnête.

Une lampe posée sur le bord du chemin.

Une manière de dire que tout est possible, que même dans le gris des jours, une lumière existe.

Que le courage, la joie, la volonté ne sont pas des grands mots, mais des élans simples, disponibles à chacun.

C’est une lettre vivante, une ode sans majuscule, une prière sans dogme.

Une façon de dire que j’ai vécu, que j’ai aimé, que j’ai failli, et que pourtant, je suis encore là, debout.

J’ai souvent été un homme simple, souvent fougueux, parfois à bout de souffle, mais j’ai toujours voulu comprendre. Toujours voulu croire que derrière les revers se cache un sens, une ouverture, une promesse.

Demain,

Si je peux vous transmettre un peu de cette force tranquille, alors j’aurai tout dit.

Si mes mots peuvent, ne serait-ce qu’un instant, vous réchauffer, vous faire sourire, ou croire un peu plus en vous-même, alors tout cela a un sens.

Si, dans ces pages, vous trouvez un reflet de vous-même, une force, une lueur, alors j’aurai réussi ce que je suis venu faire ici.

La vie est splendide, oui, même dans ses plis les plus sombres, elle est difficile, elle n’est pas douce au quotidien, mais elle est profondément magnifique.

Parfois, il suffit d’un mot, d’un souvenir, d’un sourire, pour la faire rejaillir, comme un feu sous la cendre.

Alors voilà, j’écris pour bâtir encore, pour aimer mieux, et pour que ce petit garçon, quelque part en moi, continue à croire qu’avec trois pierres, un peu de foi, et un cœur vaillant, on peut bâtir un monde.

Peut-être qu’un jour, quelqu’un, quelque part, ramassera une de ces pierres que j’aurai laissées sur le chemin, non pour bâtir un mur, mais pour y poser une lampe.

***

Derrière les mots, vous pouvez sentir une émotion qui traduit mon impatience de partager, alors que je n'ai pas la maîtrise littéraire d’un écrivain.

Pardonnez-moi s’il m’arrive de me répéter. Raconter sa vie est complexe, c’est même plus ardu que de la vivre, d’autant que la mémoire est capricieuse, elle n’a que faire de la chronologie.

Au-delà de mon histoire, je souhaite transmettre les secrets que j'ai reçus, des petits qui consolident le quotidien et des plus grands réservés aux initiés.

Avant de commencer, laissez-moi vous raconter la chute qui a marqué le début de tout.

Elle vous invite à réfléchir sur la nature de la force et de la résilience, sur le fait que rien n'est jamais perdu et que les souvenirs demeurent.

2 - La chute

Mere

1958-2014

Je suis né le 25 décembre, une date symbolique, mais somme toute ordinaire.

Le jour de mon baptême, ma tête a heurté une grille des fonts baptismaux et une marque blanche en forme de croix a longtemps orné mon front.

Ma mère, lorsqu'elle évoquait l'événement, en tremblait encore, elle parlait de la vue du sang, de l'angoisse du curé et de la panique de la famille.

Je revois la cour de l'école d'un village de Provence et je me souviens des moqueries sur la croix de mon front, tout autant que de la pauvreté de ma famille.

J'ai 10 ans, indifférent aux railleries, je rêve d’un avenir radieux, loin de me douter que le destin me réserve un futur extraordinaire.

Les réussites et les épreuves qui vont suivre, prouvent que le destin tire sa force de nos rêves. Mère a toujours raison.

Si chacun se construit de manière unique, il me paraît essentiel de transmettre ce qui permet à certains de s’épanouir tandis que d’autres peinent.

Nous avons le pouvoir de façonner notre avenir, et même d'influer sur notre passé.

La force de mes rêves m’a porté, durant quarante ans, au cœur d’un monde extraordinaire. Mais, un matin, ce monde m’a paru étrangement décalé.

J’ai tout perdu parce que pendant trois ans, j'ai oublié mes ambitions et abandonné mes rêves.

***

Puisque tout ce qui vie n’est qu’un peu de poussière,

Qu’une force inconnue anime avec mystère,

Puisque tout ce qui meurt redeviendra poussière,

Et que tout meurt sur terre,

Ma vie ayant un sens a perdu son mystère,

Je ne suis qu’un moment de la cellule mère,

En route vers le Père.*

*R.J Charpentier (extrait)

La chute n’était pas un accident, elle était inscrite.

Elle m’a rattrapé en avril 2014, dans un bâtiment anonyme de la cité administrative.

Là, nous sommes une trentaine, tous patrons, tous affichant une sérénité de façade alors que la nuit a été courte.

Certains échangent des sourires et discutent, mais je remarque le regard inquiet de Laurent, notre directeur technique. Son air préoccupé trahit une tension palpable, il est tracassé par tous les chantiers en cours ainsi que par les entreprises sous-traitantes. Tous ces cauchemars qui envahissent nos nuits.

Je croise le regard d'un commerçant que j'ai rencontré au Lions Club. Son signe d'accablement me touche et je sais ce qu'il traverse.

Nous sommes tous ici, unis par le même sentiment d'incertitude. Ses enfants sont dans l'entreprise, que vont-ils devenir ?

Que va devenir mon fils ?

Lorsque notre tour arrive, nous entrons dans une salle où des magistrats nous attendent.

La Présidente, élégante et sympathique, résume la situation en quelques mots.

Je me sens incapable de parler, de lui répondre, je suis perdu, les larmes débordent de mes yeux et m'étouffent, impossible de les retenir.

Avec étonnement, je réalise que mon désespoir les surprend. La Présidente tente de me rassurer, mais je sens que ma vulnérabilité la déstabilise.

Dans ce tribunal de commerce, ma situation est banale.

Pour ma part, c'est une mort, un monde qui s'effondre. Quarante ans de vie disparaissent dans une procédure qui condamne des entreprises, souvent victimes d'un banquier et d'une administration sans conscience.

Le personnel est licencié et doit quitter l'entreprise. L'accès aux locaux nous est interdit, tous les éléments appartiennent désormais au liquidateur judiciaire.

Je pense à mes employés, à leurs visages, à leurs familles. Circulez, il n'y a plus rien à voir.

Tel un fantôme, comme un fugitif, vedette déchue, je quitte discrètement famille et amis, maison et souvenirs.

La Lamborghini dans le parking de l'hôtel est le symbole des succès et de la fragilité de ceux-ci.

Détresse, mère de tous les doutes, dis-moi ce qui nous définit vraiment, nos succès ou nos échecs ?

Curieusement, me reviennent les mots d'un auteur dont je ne retrouve pas le nom :

La force d'un homme se mesure dans sa capacité de se relever quand il tombe.

Cette phrase veut-elle me dire que si un homme n'est jamais tombé, comment peut-il prétendre être fort ?

L'échangeur d'Orange est à 70 km, il me reste 30 minutes pour faire un choix, l'Italie et ses horizons peuplés de souvenirs ou l'Espagne et l'inconnu.

La Camarde Noire barre à droite, au vent mauvais.

— Pourquoi m'as-tu abandonné à ce cadavre décharné, quelle est l'erreur que je n'aurais pas dû commettre ?

Tu m'as toujours remis sur le droit chemin lorsque je m'égarais, tu étais là pour corriger mes erreurs et guider mes pas.

Tu m'as abandonnée alors que je t'utilisais avec parcimonie, pourquoi es-tu partie quand j'avais tant besoin de toi ?

Toi, force sans nom, qui pourvois à mes besoins et me protège depuis ma naissance.

Tu m'as ouvert toutes les portes, grâce à toi, j'ai repoussé mes limites et réalisé mes rêves

Chance, pouvoir ou providence, peu importe ton nom, présence discrète et constante que j’invoque rarement et remercie toujours.

Comment vais-je exister, qui saura m'apprendre à vivre ?

C'était hier.

En dix ans, rien ne s'efface, rien n'est jamais perdu.

***

Lorsque nous sommes confrontés à une chute, un événement bouleversant qui ébranle nos existences de manière brutale et inattendue, il est possible de considérer cette épreuve comme une étape nécessaire et inévitable de notre parcours.

À certains moments de nos vies, la seule façon de progresser et de se retrouver consiste à faire table rase, à remettre en question chaque aspect de notre existence pour construire un nouveau parcours.

***

Ce que vous tenez entre vos mains n’est pas un roman, même si certaines scènes sont romanesques.

C’est un témoignage brut, sincère, parfois maladroit, mais vrai.

***

Si, l’extraordinaire affleure, c’est parce que la réalité elle-même est plus vaste que ce que nous croyons.

La lumière ne se trouve pas au commencement de l’homme, mais à sa fin.

3 – Le huitième jour

Il m’a été raconté sur le chemin de Saint-Jacques une légende extraordinaire.

C’est en la rapportant avec mes mots que j’ai trouvé le courage d'écrire.

Grâce à des cercles de pierres, nous pouvons développer notre énergie.

Une aventure qui donne un sens à la vie.

 

Geant2

2024

Avant que les hommes connaissent le nom de Christ, avant même que les Romains foulent ces terres, ces falaises marquaient la frontière du monde. Là où l’océan dévore le soleil chaque soir.

Dans ces temps obscurs, une légende circulait parmi les peuples des côtes, celle d'un géant venu de l’Atlantique qui approcherait un jour, voguant sur une barque de pierre.

Un soir d’équinoxe, alors que les vents mugissaient et que les vagues s’élevaient comme des murs d’écume, ils ont vu une silhouette immense fendant les eaux.

Les hommes et les femmes du rivage, d’abord terrifiés, ont compris qu’il ne venait pas pour détruire.

Il portait en lui l’empreinte du cosmos, une sagesse plus ancienne que les dieux eux-mêmes.

Les druides l’ont guidé jusqu’au sommet du cap.

Là, le géant enseigne les secrets du temps, le cycle des morts et des renaissances, les portes ouvertes aux âmes défuntes, le rôle des vivants comme gardiens de l’équilibre.

Pendant sept jours et sept nuits, le géant resta. Il parlait aux étoiles, posait ses mains larges comme des troncs sur les pierres sacrées, les marquant à jamais de sa présence.

Puis, au matin du septième jour, il est retourné à sa barque de pierre. Sans un mot, il a tendu une main immense vers les druides, bénédiction ou adieu, nul ne sait, et a repris la mer.

On raconte qu’il navigua toujours vers l’ouest, vers les îles des Bienheureux, là où seuls les immortels peuvent résider.

Quand des siècles plus tard, les pèlerins chrétiens vinrent honorer saint Jacques, on leur parla d’un autre visiteur oublié dont les traces restaient cachées sous les nouvelles légendes.

Les vieilles histoires ne meurent jamais, elles dorment sous les pierres, sous les vagues, prêtes à se réveiller quand le monde aura de nouveau besoin de leurs vérités oubliées.

Certains soirs, lorsque le soleil couchant embrase l’océan d’un rouge sang, il paraît que l’on voit, très loin, au large, une silhouette colossale qui marche lentement vers les terres, portée par une barque de pierre, revenant rappeler aux hommes qu’ils ne sont jamais seuls sur cette terre de passage.

***

Ce géant n’est peut-être pas qu'une légende, réside-t-il en chacun de nous, symbolisant notre potentiel et notre capacité à accomplir des miracles ?

Penser que certains contes sont inscrits depuis toujours dans la mémoire d'un enfant, il n'y a qu'un pas.

Parfois beaucoup plus qu’un géant, une maison devient un tournant qui reste à jamais.

4 - Là où tout a commencé

Commanderie2

Vente Luberon. Commanderie des Templiers du XIIᵉ siècle. Construite en position dominante au sommet d'un village, cette bâtisse a été acquise dans les années 50 par des Parisiens qui l'avaient remise en état pour y habiter pendant une cinquantaine d'années.

1961

C'est une histoire que je veux vous faire partager, au plus près, au plus juste, avec la joie de l'enfant et l'immense regret de l'adulte qui n'a pas le pouvoir de remercier ceux que l'agence appelle des Parisiens.

Ils étaient, en vérité, des humanistes raffinés, généreux, élégants et philanthropes.

Évidemment, si la mémoire est imparfaite, l'essentiel est tellement important qu'il reste inoubliable.

Si des images, des attitudes, des sentiments, des odeurs et des musiques sont toujours présents, des prénoms et des visages manquent.

Pardonnez-moi, vous autres !

La fin d'après-midi est grise, la Citroën DS roule allègrement dans l'interminable ligne droite entre Le Chêne et Gordes.

L’aîné des garçons, beau et rieur, conduit allègrement.

À l’avant, les quatre plus âgés sont entassés. Sur la banquette arrière, je suis coincé entre mon ami Jean-François et d’autres cousines et cousins. Les os saillants de mes maigres fesses font râler celui qui me supporte.

C’est un autre monde.

Nous sommes le 31 décembre 1961, j’ai 12 ans.

Mère a trouvé une location sur les hauteurs d'Apt afin de me permettre d'entrer au Couvent des Cordeliers, le collège.

Femme fière, elle protège sa marmaille afin que rien ne paraisse. Mais, l’un des premiers jours de décembre, des messieurs du Lions Club sont venus les bras chargés de la nourriture collectée dans les supermarchés.

Parmi ces messieurs, il en est un dont la propriété est proche et le cœur très grand. Si bien que, le soir de Noël, par un sentier propice, mère nous a guidés dans cette famille d'industriels qui avait ajouté quatre couverts à une immense table réunissant, outre leurs cinq enfants, des grands-parents magnifiques.

L’accueil et la gentillesse simple, que l’on imagine réservés aux membres d’une vraie famille, pour un Noël inimaginable de tendresse.

Madame et Monsieur Barrielle, si le paradis existe, les meilleures places vous sont assurément réservées.

Ces mots sont une prière adressée à vos âmes, qui m'ont tant marqué.

Encore aujourd'hui, en contant ces souvenirs, je suis touché par une émotion intense que je n'oublierai jamais.

De ce soir magique est née une amitié qui explique la présence incongrue de mes fesses pointues, ce dernier jour de l'année, dans cette DS sur la route de Joucas.

De ce jour est restée une évidence, soixante ans n'ont rien effacé, ce garçon n'est pas comme les autres, en même temps étranger et visiteur, il n'arrivera pas à leur ressembler.

Pourtant, ce monde qui ne sera jamais le mien m'accueille avec une chaleur inattendue, et je découvre la maison des enfants.

Oui, inimaginable pour moi, vous vous en doutez bien, la maison des enfants, c’est le nom donné à cette demeure de vacances réservée aux cousins de Jean-François.

Sur la place du village, elle est habitée d'un piano et d'un dortoir.

Lorsque viendra l'heure du dîner, par une étroite ruelle et une porte dérobée, la joyeuse bande rejoindra les adultes dans la salle à manger de la Commanderie.

De ces heures, j’ai le souvenir et les images d’une jeunesse brillante dans un monde fait de culture et de beauté.

Jusqu'au petit matin, les grands se succèdent au clavier pour un jazz de blues et de rythme. Indifférents à moi, ils jouent avec insouciance.

Pour moi, ces notes sont des clés, des ouvertures vers quelque chose de plus grand. Il ne s'agit pas de les imiter, d'être aussi brillant ou d'un quelconque besoin d'appartenance.

Ce qu'ils m'ont généreusement offert par cette magnifique nuit, c'est la certitude que mes différences font ma force.

Les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants.*

*Frédéric Dard.

Voilà pourquoi cette maison est bien plus qu’un simple bâtiment, c’est le lieu d’un tournant, d’une découverte.

Aujourd'hui, lire cette annonce, c'est comme retrouver ce gamin que j'étais, avec tout ce qu'il rêvait de devenir.

La timidité me prive souvent de l'usage de la parole. Plus encore alors, tout ébahi à regarder et à écouter, je mesurais la distance du chemin qui conduisait au succès.

Un jour, mon fils, homme beau et cultivé, a exprimé le regret d'avoir un père incapable d'aligner trois phrases. Je n'en suis pas attristé, c'est un fait.

Bref, c'est sans intérêt, revenons à cette fin d'année, à ce moment de transition d'un monde à un autre.

Si des mots et leur sens me sont inconnus, si j’ignore qu'il existe des rites et des passages, je sais que demain rien ne sera plus comme avant.

Ces souvenirs font partie de moi, les confier fait battre mon cœur plus fort, comme si je retrouvais à nouveau cet enfant émerveillé.

Ce que je dois vous rapporter, c’est la prodigieuse énergie qu’elle m’a permis d’engranger.

Encore aujourd’hui, je suis toujours attablé pour un éternel réveillon dans cette salle à manger de pierres, sans arriver à tout dépenser.

***

Ces souvenirs soulignent l'importance des différences et la beauté de la culture.

Ils révèlent comment les expériences façonnent notre vision du monde et sa force.

Alors, si nous parvenons à libérer la magie qui sommeille en nous, nous pourrons laisser nos rêves nous emporter vers de nouveaux horizons.

Ils nous guideront sur le chemin de la réalisation de nos aspirations les plus profondes.

Lorsque notre état d'esprit est positif et que nos pensées sont tournées vers la bonne direction, cela a un impact significatif sur la manière dont les choses se déroulent et se renouvellent dans notre vie.

J'en témoigne avec un champ de melons, avec un gamin, avec toutes les expériences et les souvenirs qu'il renferme, avec toutes les possibilités et les défis qu'il nous offre à ce moment précis.

***

5 – Mon champ, ma chance

 

Melons2

 

1963

Je me souviens de ce printemps 1963, pédalant au petit matin vers cette ferme entre Cazeneuve et Saignon, vers mon premier emploi, vers ces champs en bordure du Calavon.

Lorsque le patron démarre le tracteur, une dizaine de paires d’yeux noirs me regardent curieusement me hisser en enfilade sur le plateau de la remorque.

Ces hommes au teint mat qui, je le sais, ne parlent pas ma langue, sont intrigués par la présence de ce gamin dans ce monde qui n’est pas le sien.

Alors âgé de 13 ans, cette sensation de différence, je la perçois déjà, comme aujourd'hui, écrivant 60 ans plus tard.

À chaque halte, dans un arabe que je ne comprends évidemment pas, chacun est égrené dans de vastes étendues.

Je sursaute lorsque vient mon tour,

— C'est ton champ, prépare les plants comme tu as appris hier, je repasse te chercher ce soir.

Bizarrement, je ne suis pas triste, c'est un sentiment de fierté qui monte en moi.

Dans la poussière du tracteur qui s’éloigne, gamelle et binette à la main, je regarde mon champ.

Je saurai vingt ans plus tard que sa surface n'est que d'un hectare, alors que cette étendue paraît immense à mes yeux d’adolescent.

Des jours de solitude avec des milliers de plants de melons donnent à réfléchir.

Alors même si je n’avais pas la moindre possibilité d'imaginer ce que la vie me réservait, je ne doutais pas le moins du monde qu’elle serait fantastique.

Une profonde rage de gagner, la certitude que rien ne résiste à une détermination, la croyance en une chance innée, sont des forces permettant tous les espoirs sans laisser de place au doute.

Les ciels des nuits, des terres et des mers de quelques bouts du monde me parlent souvent des promesses de ce champ de melons.

 

Cette période de mon existence, marquée par la détermination et l'espoir, a laissé en moi des souvenirs précieux.

Il nous est possible, indépendamment de notre parcours et de nos expériences, de développer et de renforcer la puissance de notre pensée et notre capacité à surmonter les obstacles.

La simple action de lire ce livre a le pouvoir de modifier le cours de votre vie de manière significative.

Vous allez découvrir une prédiction dotée d’un pouvoir extraordinaire.

Alors, aujourd'hui vous êtes sûrement face à votre destin.

6 - Paroles pour un destin

 

1961Et si la clé de notre destinée se cachait dans notre capacité à transformer l'ordinaire en extraordinaire ?

1964

S'il y a en moi cette assurance innée, ce don de transformer mes pensées en réalité, de capter cette énergie subtile qui me guide, c'est parce qu'il existe des souvenirs qui marquent. Non pas parce qu'ils sont spectaculaires, mais parce qu'ils vibrent longtemps au fond de notre poitrine.

Ce dimanche-là, la ville d'Apt vibre d'une joyeuse agitation, c'est jour de cavalcade, et les rues sont animées d'un cortège coloré, de fanfares, de rires et de chevaux décorés. Je suis avec Jean-François et ses deux sœurs.

Ce jour vit toujours en moi comme s’il s’était déroulé hier. J’ai 14 ans, je suis un apprenti ébéniste, déscolarisé trop tôt, timide, un peu perdu, encore à la recherche de ma place dans un monde d’adultes dont les codes m'échappent.

Puis, elle est apparue.

Une jeune gitane, à peine plus âgée que moi, sort de la foule. Ses yeux sombres brillent d’une intensité étrange, elle vient vers moi comme si elle me reconnaissait.

Elle saisit ma main, me fixe longuement, avec un mélange de peur et de fascination, puis, dans un souffle :

Toi, tu seras riche et célèbre.

Elle n'ajoute rien, elle s'éclipse aussi vite qu'elle est venue. Je garderai longtemps les mots de la gitane comme un secret précieux, bien trop pudique, trop superstitieux, pour oser les répéter.

Qui aurait pu y croire, moi, un gamin d'atelier, réservé et sans avenir, promis à la richesse et à la célébrité ?

Cela avait quelque chose d'absurde, c'était un avenir que je n'osais même pas imaginer.

Ses mots, gravés dans mon esprit d’adolescent, ont déposé une étincelle dans mes incertitudes, ils m’ont donné la force de croire en moi, d’oser rêver, d’affronter mes peurs.

Chaque fois que je doute, que je me perds, je pense à cette rencontre fulgurante, à cette voyante d’un jour qui, sans le savoir, m’a donné un cap.

J’ai connu les échecs, les remises en question, les retours en arrière, j’ai dû recommencer plusieurs fois, repartir de zéro, apprendre de nouvelles choses.

Chaque détour me ramène à moi, je ne suis pas encore riche et encore moins célèbre, mais je m’approche d’autre chose, d’une forme de justesse.

J'ai compris que l'important n'est pas le sommet, mais la montée.

J’ai rencontré des gens lumineux, d’autres blessés. Je ne suis plus un jeune homme confus, je suis un homme en chemin.

Soixante ans plus tard, je comprends enfin le sens profond de cette promesse.

La richesse et la célébrité ne se mesurent pas en biens matériels ou en renommée, elles résident dans notre capacité à grandir, à se réinventer, à guérir les blessures du passé avec le courage de ceux qui, un jour, ont cru en l'impossible.

Écrire ces lignes, c’est remonter le fil d’un voyage intérieur, c’est honorer la prophétie d’une gitane qui, par un geste et quelques mots, a changé le cours de ma vie. C’est refermer un cercle, c’est parler à l’enfant que j’étais, à l’adolescent perdu, à l’homme qui doutait.

C'est remercier cette inconnue qui, par une simple phrase, a semé une graine d'espoir en moi, graine que je vous offre avec la même conviction.

Peut-être n'était-elle qu'un symbole, un reflet de notre propre potentiel, peu importe, sa promesse a été tenue.

J'ai appris à écouter, à créer, à tendre la main, j’ai transformé mes failles en force, mon histoire en message, mon silence en parole.

Cela vaut tout l'or du monde.

***

Notre avenir est façonné par nos espoirs, nos rêves et nos aspirations, mais également parfois par des prédictions, qui se dessinent tels des signes annonciateurs dans le récit d'une vie.

En plus de ces hasards, des circonstances objectives imprévues influencent le déroulement d'une vie.

Qu'il s'agisse d'une situation négative ou positive, il est important de considérer tous les aspects afin de pouvoir en tirer des conclusions pertinentes.

Êtes-vous là par hasard ?

7- Le pitre

College

1960

Notre avenir, tient souvent à un fil plus fragile qu’on ne l’imagine.

Ce ne sont pas toujours les décisions d'envergure qui orientent une vie, il arrive que des événements minuscules changent notre destin.

L’anecdote que je vais vous raconter a profondément marqué la mienne.

Comme vous le savez déjà, j’étais un enfant réservé, timide, un peu refermé sur moi-même, presque autiste.

Le premier jour, à la première heure de mon premier cours de sixième, je me retrouve dans une salle voûtée, au sol de pierre.

Loin de mon village, les yeux écarquillés, je contemple ce monde inconnu. J’observe chaque détail, trop occupé à regarder pour écouter.

Mes yeux distraits ont sans doute paru brillants à Monsieur d’Escuyer, professeur et surveillant général.

Toujours est-il que c’est à moi qu’il pose la toute première question de son premier cours.

Évidemment, je bafouille une réponse absurde. Elle déclenche un fou rire général, que le professeur encourage, ravi de détendre l’ambiance.

Son attitude fut ma condamnation.

Par une réponse incongrue et banale, je suis devenu le pitre officiel de la classe, alors que je n’étais pas un élève dissipé, je suis devenu le plus indiscipliné.

En deux ans j'ai battu le record des conseils de discipline, un titre dont je me serais volontiers passé.

Un jour de printemps, avec un copain, nous décidons de faire le mur pour une promenade à vélo, rien d'extraordinaire dans le monde d'aujourd'hui.

Sur la route de Bonnieux, si vous passez par là, vous verrez peut-être une splendide demeure et son énorme cerisier précoce.

Comment résister à la tentation ? Nous voilà, riant, perchés dans l’arbre, en train d'agiter les branches quand le propriétaire furieux surgit.

Qui était ce propriétaire ? 

Monsieur d’Escuyer, bien sûr.

Le destin adore les farces cruelles.

Le lendemain, au secrétariat, je présente un mot d’excuses pour justifier mon absence lorsque le surveillant général, Monsieur d’Escuyer, apparaît.

Mauvaise pioche, n'est-ce pas ! Il regarde le mot et déclare d’une voix glaciale :

— Je doute fort que madame votre mère fasse des fautes d’orthographe.

Fin d’une histoire qui m’a conduit directement dans le champ de melons.

Si vous lisez ces lignes aujourd’hui, c'est parce que sans cet épisode, je serais sûrement devenu professeur, ingénieur, ou quelque autre fonctionnaire modèle. Allez savoir…

Le destin m’a joué un tour, qui dois-je remercier ? 

Monsieur d’Escuyer ou ce cerisier qui a infléchi ma vie ?

Nous ne sommes pas toujours conscients que le regard des autres soit déterminant, je m'inclus dans cette réflexion, il façonne des vies, parfois plus qu’on ne le voudrait.

Il enferme ou libère, il blesse ou élève.

Voilà pourquoi il est vital de veiller à notre attitude, à la manière dont nous nous présentons au monde. C’est souvent ce reflet, plus que nos paroles, qui écrit notre destin.

***

Le collège a-t-il influencé ma marche positivement ou négativement ? La réponse vous appartient.

Vous allez découvrir d'autres souvenirs essentiels dans la suite de la narration de mon enfance.

De Lacoste à Clerval, de mon père à ma grand-mère, je vous parle de ces moments pour vous dire que je suis comme vous, que rien d'extraordinaire ne me prédestinait à ouvrir les portes des innombrables possibilités du psychisme et du subconscient.

Ces clés, une fois acquises, auront le pouvoir de transformer votre destinée de manière significative.

8 – Racines et poussières

Clerval 1

1957

Revenons un instant à l’origine, à ces croyances minuscules, mais tenaces qui donnent forme à notre avenir.

Mon père a quitté ce monde en 1955. Au fil des années, j’ai appris à connaître cet homme par une histoire qui continue de façonner l’homme que je suis devenu.

Fils cadet, il avait connu le séminaire avant d’y renoncer. Il s’est tourné vers la mer. Officier, héros de la Résistance, magistrat.

Enfant, je l'ai longtemps attendu, maintenant, il est toujours à mes côtés.

Aujourd’hui, j’ai sept ans. En ce début d’été 1957, au terme d’un long voyage, une femme diminuée par le handicap ouvre les volets d’une grande bastide endormie au pied du Luberon.

Une cousine nous a offert, pour un été, sa maison de vacances, ce sera un court répit avant les logements précaires.

Une pauvreté silencieuse s’installe, pour longtemps.

À sept ans, la misère, dans un pays de misère, ne pèse pas lourd, on la traverse sans trop de heurts.

Pour notre mère, ce fut le début d’un calvaire, des années de privations, de rancunes, de faux-semblants portés comme des armures pour ne plus sentir combien notre nouvelle condition de pauvres nous tenait à distance de nos familles, à la morgue insolente et fière.

Dans les ruines du château de Lacoste, je bâtirai mes différences. Mère parlait de Charles Quint, de cousins aux États-Unis, de chevaliers…

Déjà, je rêve avec pour compagnon le fantôme d’un marquis et les infortunes de Justine pour horizon. Je suis un étranger dans un monde qui m’est étranger, peuplé de souvenirs, dont un qui mérite d'être raconté.

Le premier regard qui a obsédé mon enfance allait vers un rocher dressé au bord d’une falaise, dominant un village dans l’Est de la France.

Cet abrupt, disait Grand-mère, porte encore la trace du destin tragique de sa sœur précipitée du sommet, un soir des premiers errements de la guerre de 40.

Qui honorerait encore cette femme née de petites gens aux visages noircis, les derniers d’une lignée de charbonniers sombres, dans des cabanes au fond de ces bois profonds devenus pour la circonstance des maquis ?

Vivre dans la fumée, dans les ténèbres des antres, occupés à trier des brindilles depuis les premiers pas, ne privait pas ces gens de la générosité des pauvres.

Le crime de cette grand-tante, méritant la mort, est d’avoir offert un peu de soupe à des adolescents fiers de la devise de la Franche-Comté :

Comtois, rends-toi, nenni, ma foi.

Des hommes du canton s’autoproclamant porteurs d’une nouvelle vérité faisaient justice.

Des hommes dont le nom était prononcé à mi-voix et dont la crainte et la méfiance restent encore ancrées chez les rares survivants de nos familles d’autrefois « les communistes. »

Aucune archive, des bribes d’histoire familiale, le souvenir de ces marmailles noires, du goudron noir que brasse l’air autour des meules de bois noir, de ces vies sans importance.

Marie, avec cette mine songeuse qui la rendait rassurante, expliquait le drame avec prudence :

— Au début, Hitler était copain avec Staline et les communistes cherchaient l’air à Moscou.

Costa-Gavras termine le film Z par cette phrase :

Ce n’est pas une histoire juste, c’est juste une histoire.

Ce sont ces histoires-là, incomplètes, tremblantes, qui écrivent la vie d’un enfant. Ces blessures dessinent la trame de l’enfance. Elles n’expliquent rien, elles n’excusent rien.

Les vies qui vont suivre ne sont que des vies ordinaires, les nôtres. Rien n’appartient à l’homme, sinon la force de ses rêves.

D’autres temps, d’autres récits viendront nourrir cette étrange construction. Sur ces fondations fragiles, les contours d’une vie se dessinent.

Seule une forte volonté peut infléchir le cours d’un destin.

***

9 - Ce souffle venu d’ailleurs

1963 1

1962

Il est temps de vous confier progressivement des mystères, car la Grande Faucheuse, que j’entrevois à l’horizon, ne me laisse que peu de répit.

Il reste tant à dire, à écrire, de pas à poser sur ce chemin, pour éclairer d’autres visages, pour entrouvrir de nouvelles portes. Pour communiquer les enseignements d’une vie.

Prémonition, ce mot m’est inconnu en 1962.

Pourtant, ce jour-là, une sensation me traverse, une force muette, venue d’un lieu que j'ignorais porter en moi.

Si aujourd’hui cette faculté m’accompagne comme une seconde peau, c’est sans doute parce que cette scène de mon enfance, fragile et fulgurante, m’a révélé qu’il existe, au cœur du silence, une autre manière de savoir.

Un savoir brut, qui précède la pensée. Un moment suspendu, où l’invisible agit sans prévenir.

Combien de sacrifices, combien de batailles la mère a livré pour loger enfin décemment sa marmaille ?

Le paradis, ce sont les cinq pièces d'une maison dominant une ville de Provence aux accents d'autrefois.

C’est la fin des meublés et la joie de retrouver les quelques affaires d'une vie d'avant, d'avant l'enfer, d'avant la misère.

Cette année, l'année de ma sixième, un camion a déposé dans le garage les trésors d'un passé d'autant plus glorieux qu'il est peuplé de souvenirs d'une vie futile.

Par un bel après-midi, mère décide qu'après avoir puisé l'essentiel, il est temps d'oublier, de trier et de jeter les restes.

L'aîné que je suis est astreint à extraire et à déposer les cartons éventrés au pied de la Mère, la Reine du jour.

Magnanimement, elle choisit ce qui doit être conservé et ce qui doit rejoindre un feu autour duquel dansent les jumeaux de trois ans, mes cadets.

Mère trône à une table de jardin sous un catalpa, au loin le Luberon et à ses pieds les toits des quartiers en bordure du Calavon.

Le feu a été allumé plus loin, à l'emplacement d'une excavation qui, autrefois, devait être un bassin.

Consciencieusement, du garage à la table et de la table au feu, j'accomplis ma mission alors que les frères s'amusent de chaque embrasement avec insouciance.

Casse-cou, mauvaise graine, disait la rumeur du jeune adolescent de l'époque. C'est sans doute parce que j'étais autant dans l'action que dans le rêve que les secondes qui vont suivre sont encore autant présentes.

Je ne connais pas de mots pour raconter le trouble qui s'est emparé de moi.

Incapable de les commenter, je ne peux dire que les faits.

L’instinct m’a traversé comme un éclair.

Aucune pensée, aucun raisonnement.

Je saisis mes frères, les tire vivement hors du périmètre, sans un mot, un peu brutalement sans doute.

Le feu explose derrière nous, libérant des munitions oubliées, des restes d’un passé de guerre.

Les déflagrations, c’est tout ce que j’entends, tout ce que je vis.

Ensuite, quand je tourne le regard vers ma mère, je ne trouve pas de mots, seulement un silence. Un silence lourd et profond, un regard partagé.

Elle avait su, je l’avais su avant, l’intuition m’a guidé.

C’est une évidence qui n’a pas besoin de mots, juste un souffle, un frisson.

Avant même que l’avenir ne vienne, je savais, j’ai protégé mes frères.

Dans ce silence, le lien entre nous deux est plus fort que tout. Ma petite maman chérie, que je vous ai aimée.

***

Qu’est-ce qui nous définit vraiment ?

Peut-être surtout ce souffle venu d’ailleurs, qui nous traverse et nous murmure,

— Avance, parle, tu es à ta place.

10 – Le printemps de nos illusions

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1968

J'ai 18 ans depuis cinq mois, le permis de conduire depuis quatre, et ma première Jaguar depuis trois.

Nous partageons, elle et moi, un bonheur d'autant plus rare que nous sommes nés la même année.

Entre le Mont Ventoux et le Luberon, pas de pavé, pas de barricade. Si un vent de liberté arrive jusqu'à nous, jeunesse provinciale, il n'est pas vraiment en nous.

Le soir venu, chez Françoise à Gordes, nous sommes réunis autour des tables, écoutant les récits d'étudiants matraqués contraints à la fuite.

Je partage cette contestation lointaine d'autant plus allègrement que notre député me fait profiter de bons m'autorisant un accès au carburant. Caracoler gaiement sur des routes désertes par ce magnifique printemps ne me permet pas de revendiquer le statut de révolutionnaire.

Les Quatre Garçons dans le vent sont déjà vieux, c'est avec Mick Jagger que nous renversons des filles en minijupe et déjà pas trop farouches.

Soyez réalistes, demandez l'impossible, l'imagination est au pouvoir, faites l'amour, pas la guerre, il est interdit d'interdire.

Pour ma bande, ces slogans ne changent pas grand-chose. Certains d'entre nous poursuivent des études remplies de promesses, d'autres, avec moi, déjà dans le monde des actifs, ne manquent pas d'opportunités, et pourtant, comme des milliers de jeunes, depuis nos quinze ans, avec Jean-François, René, Bernard et bien d'autres, nous passons des nuits entières à partager musiques, poésies et lectures.

Plus tard, j'ai compris l'influence de ce printemps 68, une force qui marquera notre génération, même si aujourd'hui, certaines choses semblent revenir en arrière.

Chaque père a toujours prôné que c'était mieux avant, pour la première fois dans l'histoire, c'est sans aucun doute vrai.

Les minijupes sont de plus en plus longues et la joie de moins en moins présente.

Écrire, c'est aussi réveiller le vent de la liberté, il souffle des forces dont le goût du merveilleux donne un sens à toute vie.

J’ai compris alors que la liberté s’apprend.

***

La liberté ne se crie pas dans les rues ou dans les slogans, elle se forge aussi par l’apprentissage, dans les regards transmis par des maîtres.

Il se fait tard, il est temps de raconter la fin de l'adolescence et le passage à l'adulte.

L'objectif de mes démonstrations est de vous montrer des exemples concrets des capacités impressionnantes de la force d’un esprit gagnant dont vous disposez tout autant que moi.

Nous avons tous le pouvoir de créer notre vie, alors, maintenant, arrêtez de lire un instant…

Allez au fond de vous et faites un vœu qui changera votre vie.

Par ce geste, vous ferez un pas, le premier pas vers ce voyage incroyable que j'ai vécu.

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Date de dernière mise à jour : 28/03/2026