LA MAGIE VIVANTE

Les pouvoirs de l’intelligence oubliée

Éveillez vos capacités 

Chapitre 1 – 43.170° N, 8.594° E

Le 18 juillet 2009, le ciel s’est fermé d’un coup, la mer était calme une heure plus tôt, la météo promettait une traversée paisible. Puis l’horizon s’est assombri, le vent a tourné sans prévenir, et les premières rafales ont frappé les voiles comme des mains impatientes.

En Méditerranée, le temps change vite, trop vite pour négocier. Le bateau a commencé à protester, les haubans hurlaient plus fort, la coque frappait par des chocs plus courts et plus secs, on aurait dit que mon vieux deux-mâts me posait une question. Barrer à l’ouest et chercher un abri, ou garder le cap et rester exposé ?

Quelques minutes d’hésitation et le choix disparaîtrait, la mer déciderait à ma place. Les calculs, la météo, l’électronique et l’expérience devenaient tous inutiles, le vent montait trop vite, les vagues gagnaient en hauteur, et le bateau lui-même semblait inquiet. Pas paniqué, inquiet, il y a une différence, et ce soir-là je la connaissais.

Il y a des moments où la vie cesse de discuter, ce qui relève du plaisir peut devenir, en quelques minutes, une question de survie. Dans ces instants-là, le mental n’a plus sa place, il n’a ni le temps, ni la vitesse, ni la justesse qu’il faut.

Quelque chose d’autre prend le relais, les gestes deviennent précis sans effort, le regard ne cherche plus, il voit. Le temps ne s’écoule plus de la même manière, il s’élargit et chaque seconde contient davantage.

L’action ne se décide plus, elle s’impose. Ce n’est ni du courage ni une technique, c’est une bascule, le corps sait avant la pensée, en dehors d’elle et parfois malgré elle.

Pourquoi ces éclairs de génie me sont-ils apparus dans l’urgence et moins soudainement dans le quotidien alors qu’ils sont manifestement plus justes que tout le reste ?

— Dans l’urgence, ce n’est pas le mental qui agit, c’est ce que nous sommes.

Détenir la clé permettant un accès sans limite à ces éclairs, afin qu'ils ne soient plus fugitifs mais disponibles à tout moment, me stimule et donne un sens à ma vie.

La tempête n’est qu’un exemple, pour chacun d’entre nous la vie en a offert d’autres tout aussi réels. Un accident évité de quelques centimètres, un regard qui change tout, ou une décision prise en une seconde qui oriente une existence entière, souvenez-vous !

Dans ces moments, quelque chose se suspend, le flux habituel des pensées se tait et une autre forme d’intelligence apparaît, plus rapide et plus globale. Elle ne calcule pas, ne compare pas, ne raisonne pas, elle est simplement sûre d’elle, elle sait. Quelque chose en nous s’en souvient et parfois nous interroge en silence.

Lorsqu’elle disparaît, le mental reprend sa place comme si rien ne s’était passé. Il explique, justifie, récupère l’événement et le range dans ses catégories ordinaires, c’est son travail et il le fait bien. Si on nous a appris à faire confiance à l’intelligence qui excelle dans la gestion du connu, celle-ci devient insuffisante dès que la situation échappe à ses repères.

Ce n’est pas elle qui a tenu la barre cette nuit-là, heureusement, croyez-moi.

L’autre intelligence, celle qui nous intéresse ici, est infiniment plus vaste. C’est une faculté de perception, de résonance et de vue d’ensemble qui saisit l’action sans la découper et reconnaît la solution sans la chercher.

Cette autre intelligence existe, elle n’est pas supérieure, elle est oubliée, c’est elle que je cherche à réveiller.

–o–

J’écris pour devenir ce que je n’ai pas encore trouvé, c’est la vérité la plus évidente que je puisse vous offrir en ouverture.

Je suis né dans la génération 2.0, celle des postes de radio, des lettres manuscrites et des dimanches sans bruit.

J’ai travaillé dans la 3.0, celle des premiers ordinateurs, des fax et des premiers téléphones mobiles qui étaient gros comme des valises.

Aujourd’hui j’écris dans la génération 4.0, celle de l’intelligence artificielle qui représente une extension remarquable des capacités humaines pour calculer, comparer, optimiser, analyser et reproduire. Cela contraste fortement avec l’intelligence oubliée, qui sait percevoir ce qui n’a pas encore eu lieu, ressentir ce qui ne se mesure pas, agir depuis un lieu plus profond que la pensée, des aspects qu’aucune machine ne pourra jamais reproduire et qui demeure irréductiblement humain et vivant.

Si la vie prend soin de moi, je finirai dans la 5.0, dont je ne sais encore rien, sinon qu’elle sera plus rapide, plus connectée et sans doute plus bruyante que tout ce qui précède.

Ce décalage immense m’a rendu curieux parce que dans ce vertige de vitesse et de connexions, quelque chose résiste, quelque chose d’ancien, de lent, de silencieux qui ne se laisse ni numériser ni optimiser. C’est précisément là que ma position générationnelle prend tout son sens. À 77 ans, j’ai traversé toutes les révolutions technologiques et je viens parler aux enfants et petits-enfants de quelque chose que la technologie ne pourra jamais reproduire, cette intelligence oubliée à la base de ce livre. Plus le monde s’accélère, plus elle devient précieuse, plus le bruit augmente, plus le silence se fait révolutionnaire.

— Être vivant, c’est détenir le pouvoir immense de choisir sa vie et ce pouvoir, personne ne peut vous l’enlever.

Pendant qu’il est encore temps, je veux réaliser mes rêves et écrire ces croyances que je soumets à votre réflexion, c’est par là que tout commence.

Je crois que chacun de nous peut élargir ses habitudes mentales, devenir plus grand sans sombrer dans le délire, être ambitieux sans tomber dans l’arrogance.

Je crois que l’argent, le succès et le pouvoir ne sont ni des objectifs honteux ni des fins, ce sont des indicateurs d’un état cohérent.

Je crois que l’être humain n’a pas encore dit son dernier mot et qu’il est possible de rester vivant longtemps si l’on cesse de s’user intérieurement.

Je n’ai pas trouvé de manuel pour devenir une meilleure version de moi-même, alors je vais le créer et le mettre en pratique chaque jour pour en témoigner ici. Ce sera une sorte d’initiation pour parvenir à ces moments où l’intelligence devient lumineuse, sans cordon, sans secret obscur, sans illusion mystique.

Dans chaque destin, il y a le rêve d’une vie magique et je vous invite à partager ce travail qui sera le récit de mon propre voyage initiatique, évidemment autobiographique, parfois déraisonnable mais toujours sincère. Il vous appartiendra de vous approprier ce qui pourra nourrir votre propre transformation.

J’ai été un homme modeste, souvent fougueux, parfois à bout de souffle, mais j’ai toujours voulu comprendre. J'ai toujours cru que derrière les revers se cache un sens, une ouverture, une promesse. Si ce livre nous aide à devenir plus justes, plus vivants et moins enchaînés, il aura rempli sa première mission, il sera la preuve que rien n’est jamais perdu tant que nous restons ouverts à l’imprévisible et à la lumière.

L’histoire est un voyage en trois temps qui sont l’apprentissage, le compagnonnage et la maîtrise. Avec cette progression, je marche dans des pas très anciens tout en me donnant un cap qui est celui de réveiller en nous cette intelligence oubliée que je nomme la « magie vivante ».

Par cette navigation, nous nous rapprocherons des pouvoirs que l’on dit ésotériques. Ce n’est pas un enseignement, des bibliothèques entières détaillent chacun de ces chapitres mieux que je ne le ferai jamais, c’est un réglage. Comme les lettres d’un alphabet, qui prises une à une ne disent rien, mais qui ensemble rendent tout le reste lisible. Chaque partie aura sa fonction et aucun de ces chapitres n’est de trop ou ne se suffit à lui-même.

La première est une mise au point, c’est le minimum à travailler avant de prétendre à la suite. Un apprentissage pour certains et un rappel pour d’autres, dans tous les cas, ce sont les points essentiels à une transformation.

La deuxième est un approfondissement, on y reprend certaines de ces connaissances à la lumière d’expériences et de rencontres qui ont changé ma vie. Le but n’est pas de tout dire, il est de se préparer à pousser une porte.

La troisième partie fait toucher du doigt le rêve occultiste, non pour faire de nous des sorciers, rassurez-vous, mais pour vérifier dans sa propre chair ce que les deux premières auront rendu possible.

Gardez en tête cette progression, et rien de ce qui suit ne vous paraîtra futile.

–o–

Chapitre 2 – L'intelligence oubliée

À la pointe occidentale de l’Espagne se dresse un cap que les Romains nommèrent Finisterre, la fin de la terre, là où l’océan dévore le soleil chaque soir et où les hommes ont longtemps cru que le monde s’arrêtait. Les vieilles histoires ne meurent jamais, elles dorment sous les pierres, sous les vagues, prêtes à se réveiller quand le monde aura de nouveau besoin de leurs vérités oubliées.

C’est là, un soir, au bord de cette eau qui semble avaler la lumière, que quelque chose m’a traversé, une intuition ancienne, de celles qu’on ne construit pas et qu’on se contente de reconnaître.

— La vie ne donne pas ce que nous demandons, elle donne ce que nous sommes.

C’est par là que commence ce travail.

On nous a enseigné qu’il suffisait de demander pour recevoir, de visualiser, de répéter et d’espérer très fort les yeux fermés, de préférence au lever du soleil.

Permettez-moi de vous épargner quelques années, cette promesse est l’une des plus gigantesques illusions de notre époque. On l’a enveloppée dans du papier-cadeau biblique, on l’a présentée comme une loi universelle, et on en a fait un marché florissant.

Comme si la vie était un guichet céleste sensible à l’insistance, comme si l’univers tenait un registre de nos visualisations matinales.

— Ce qui agit, ce n’est pas l’intensité du désir, c’est l’accord. Cette convergence où pensées, émotions et intentions cessent enfin de se contredire.

Nous pensons une chose et nous ressentons son contraire, nous proclamons des principes que nous serions bien en peine d’incarner après le café du matin, et nous nous étonnons que la réalité résiste.

Le réel ne s’étonne de rien, il incarne avec une précision que l’on trouve injuste jusqu’au jour où l’on comprend qu’elle est simplement exacte.

On peut vouloir réussir et nourrir la peur en silence, chercher l’amour et entretenir la méfiance, désirer la paix tout en cultivant, avec un soin remarquable, sa propre agitation.

Le réel est cohérent, sans compromis ni cruauté. Le plus ardu n’est pas de changer de mode de pensée, c’est de voir ce qui l’empêche de changer.

L’incohérence est rarement spectaculaire, elle est subtile, presque invisible, lovée dans les détails, dans les pensées fugitives qu’on laisse passer, dans les émotions qu’on tolère sans les regarder en face.

Voici un exemple tout simple et le plus honnête que j'aie sous la main.

Je veux écrire ce livre sincèrement, mais une voix en moi murmure qu'à mon âge on range ses outils, que c'est présomptueux.

Tant que les deux voix parlent ensemble, la plume hésite et la page reste blanche.

Ce n'est pas le désir qui manque, c'est l'accord, alors le jour où elles se sont tues pour n'en faire qu'une, les mots sont venus seuls.

Accepter de réinventer sa façon de penser est un défi.

— Je le dis sans la moindre légèreté, c’est un véritable travail. Tout en étant progressif, il est exigeant, parfois inconfortable, mais c’est le seul qui change quelque chose en profondeur.

Avant d’avancer, vérifions si nos pensées, nos émotions et nos intentions pointent dans la même direction ?

Si oui, avançons, sinon n’insistons pas, ajustons. C’est simple à écrire et moins simple à faire, c’est précisément pour cela que ça vaut la peine d’essayer.

Cette cohérence dont nous venons de parler, cette convergence rare entre ce que nous pensons, ressentons et voulons, comment savoir qu’on l’a touchée ?

Comment la reconnaître dans le corps, dans l’instant et dans l’action ?

La vie supprime tout le reste, c’est sa façon radicale de répondre à cette question. Ce qui demeure dans ces instants-là, précis, rapide, infaillible, c’est ce que nous sommes vraiment.

Parce que lorsque cette cohérence s’installe, même brièvement, même imparfaitement, quelque chose se déverrouille. Une intelligence plus ancienne que la raison prend le relais, plus rapide, plus fiable, plus silencieuse.

Pas une intelligence supérieure, une intelligence oubliée.

Je l’ai touchée sans la chercher, souvent sans la reconnaître sur le moment, elle n’arrive pas quand on l’appelle, mais surgit en marge. Elle intervient au détour d’une décision prise en une seconde, dans un geste qui précède la pensée, dans cette certitude soudaine et inexplicable qu’il faut partir maintenant, appeler quelqu’un aujourd’hui, ou refuser une offre pourtant séduisante.

Pendant quarante ans de vie professionnelle, j’ai entendu la même phrase prononcée par des inconnus, des clients et des associés.

— Vous arrivez au bon moment, je pensais justement à vous.

Je n’avais ni calculé ni planifié, quelque chose en moi avait su et j’avais suivi sans questionner.

Un soir, j’ai envoyé un message à une femme perdue de vue depuis dix ans, sans raison apparente, sans intention particulière, et ce message est arrivé le jour précis où sa vie a basculé et où elle cherchait une sortie. Cette femme s’appelle Sylvie et aujourd’hui elle est à mes côtés.

À moto, il m’est arrivé de ralentir brutalement de 130 à 50 km/h sans qu’aucun signe apparent ne l’exige, pour découvrir quelques secondes plus tard l’obstacle, l’animal traversant la route ou le virage trompeur.

Sans ce ralentissement, je n’écrirais pas ces lignes.

Ces moments se produisent de manière instinctive, sans recours à la réflexion consciente, contournant ainsi tout le système ordinaire de décision, depuis un endroit plus rapide, plus fiable et plus ancien.

Longtemps j’ai appelé ça ma chance, mais la chance ne ralentit pas une moto et n’envoie pas de messages au moment opportun.

La chance n’arrive pas toujours au bon moment pendant soixante ans de suite. Alors si ce n’est pas de la chance, c’est quelque chose d’autre ?

Il est arrivé aussi que ces instants prennent la forme d’un basculement bien plus vaste. Vous connaissez déjà cette nuit de juillet 2009 où le ciel s’est refermé d’un coup, et où ce ne fut pas moi qui tenais la barre.

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Voilà la première lettre de notre alphabet, si je l'ai placée en tête, ce n'est pas un hasard.

Tant qu'on espère que la vie cède à la demande, on reste devant un guichet fermé. Le jour où l'on comprend qu'elle ne répond qu'à ce que nous sommes, tout le travail change de sens.

Il ne s'agit plus d'obtenir, mais de devenir suffisamment cohérent et assez silencieux, pour qu'elle cesse d'être un visiteur de passage et devienne une présence.

Ce que nous cherchons à devenir, page après page, c'est l'hôte de cette intelligence oubliée.

Tout le reste de ce livre découle de là.

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Chapitre 5 – L'élégance nous va si bien

Il existe un secret que personne ne m'a enseigné, un homme me l'a simplement confié en passant, comme on glisse une clé sous une porte.

C'était en 1995, un ami venait d'accéder à un ministère. C’était un homme politique connu, respecté, jouissant d'une popularité durable, ce qui est rare dans ce métier.

Je lui ai posé les questions que tout le monde se pose en pareil cas, avec cette légère envie d'un mode d'emploi.

— Comment tu t'es préparé, qu'as-tu changé en toi, quelle discipline as-tu suivie ?

Il m'a regardé avec le sourire de quelqu'un qui sait que la vraie réponse va décevoir.

— Rien de strict, aucune préparation, aucun artifice. La fonction engendre l'organe.

Je m'attendais à une méthode, il me parlait d'une disposition intérieure. Puis, souriant davantage, ce sourire d'un homme qui sait qu'il livre quelque chose de rare, il m'a confié le secret de sa popularité simplement, sans en faire un événement.

La courtoisie, mon cher, une courtoisie discrète et raffinée. L'élégance est mon armure, même dans le silence, c'est une intelligence du cœur, un art de vivre.

J'ai eu, par la suite, mille occasions de le voir à l'œuvre.

Un contradicteur agressif, une question piège, un dîner qui menaçait de tourner à l'aigre, alors il abaissait d'un ton, ralentissait d'un souffle, et la tension se dissolvait sans qu'on sache comment. Il ne remportait pas les échanges, il les apaisait, et c'est en les apaisant qu'il les gagnait.

Je ne dévoilerai pas son nom, c'est par ce souvenir que je lui rends hommage et certains hommages valent mieux que les dédicaces.

Ce jour-là, quelque chose s'est déposé en moi sans faire de bruit. L'élégance n'est pas une question de costume, de vocabulaire choisi ou de table bien tenue, même si tout cela peut en être le reflet. C'est quelque chose de plus profond et de plus simple à la fois.

On confond souvent l'élégance avec ses contrefaçons, dont cette élégance mondaine, qui soigne la forme et oublie l'autre, et cette politesse glacée, qui tient à distance sous couvert de bonnes manières. Rien de tout cela n'a sa place ici, la vraie élégance ne dresse pas un mur entre soi et le monde, elle l'abaisse.

C'est une harmonie subtile entre la parole, l'écoute, la posture, la répartie et le silence. Entre ce qu'on dit et ce qu'on est, entre ce qu'on montre et ce qu'on ressent.

Elle irradie, elle redéfinit la façon dont les autres nous perçoivent et surtout la façon dont nous nous percevons nous-mêmes.

Lorsque le cœur n'est plus encombré de rancune, lorsque la pensée n'est plus agitée par la comparaison, lorsque le geste n'a plus besoin d'être démonstratif, quelque chose se rassemble. Quelque chose de fluide, de précis, de libre, c'est cet état que j'appelle élégance. Elle est accessible à tous et ne demande pas de faire plus, mais moins et mieux.

J'ai découvert avec le temps que la « magie vivante » circule plus facilement dans un esprit élégant que dans un esprit tendu. Ce n'est pas une métaphore, c'est une observation faite sur des décennies dans des négociations, des dîners, des silences, des crises et des joies ordinaires.

Un esprit tendu repousse, un esprit élégant attire sans le chercher, sans le calculer. Vous l'avez senti chez les autres avant de le sentir chez vous. Près de certains, on se contracte sans savoir pourquoi, on choisit ses mots, on a hâte de partir.

Près d'autres, on se détend, on parle mieux qu'à l'ordinaire, on se découvre plus intelligent qu'on ne se croyait. Ces derniers n'ont rien fait de visible, ils étaient simplement accordés, et leur accord a déteint.

Je vous propose de choisir le mot élégance comme boussole intérieure, pas comme une injonction, ni comme une performance, mais juste comme une direction. C'est quelque chose de presque enfantin, et pourtant redoutablement efficace.

Lorsque l'irritation monte dans une conversation épineuse : élégance.

Lorsque l'impatience vous gagne d'attente : élégance.

Lorsqu'une décision rapide s'impose et que vous sentez l'envie de réagir plutôt que de répondre : élégance.

Prononcez intérieurement le mot, sans cérémonie, sans y attacher trop d'importance et observez ce qui se déplace. S’il tient à ces moments-là, si quelque chose en vous s'ajuste, même légèrement, c'est qu'il devient vôtre.

La fonction crée l'organe, disait mon ami ministre, l'attitude façonne l'être, dirais-je aujourd'hui. Ce que nous répétons, nous le devenons, ce n'est pas une affirmation de développement personnel, c'est une mécanique aussi réelle que la plasticité du cerveau dont nous venons de parler.

Nous avions nettoyé la vitre, ici nous apprenons à habiter la pièce.

— Les clés du pouvoir sont dans la boîte à gants.

Sourions avec Frédéric Dard, les clés sont là.

L'élégance ne s'impose pas, elle se dépose et une fois déposée, elle ne repart plus vraiment.

C'est peut-être cela, au fond, la définition d'un authentique secret.

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Chapitre 13 – Le rêveur

Il y eut un temps où le rêveur croyait qu’il fallait mourir à ce monde pour naître à un autre, que cette mort-là était une obligation vitale, mais il en est revenu. 

Il croyait, non pas avec naïveté, mais avec une certitude tranquille, que seul le meilleur lui était destiné.

Que certaines prières n'étaient pas des demandes adressées à un ciel incertain, mais des réglages, des mises à niveau de l'intelligence, comme on accorde un instrument avant de jouer.

Il recopiait des phrases, les entassait et les conservait pour ce « plus tard » indéfini où tout finirait par s'assembler.

Il croyait qu'un jour il deviendrait l'homme qu'il écrivait, que la page et la vie finiraient par coïncider.

On pourrait sourire de cette foi-là, et pourtant…

Il rêvait d'une vie remplie de ce qui est beau, joyeux et harmonieux jusqu'à ce que le reste n'y trouve plus de place.

D'un homme débarrassé du passé, libre de ses habitudes, capable de choisir autrement.

Un homme dont le cerveau disposait d'un large éventail de réponses plutôt que d'un automatisme répétitif.

Il croyait que les pensées agissent, qu'elles peuvent construire ou détruire et qu'il faut en être le maître non pas pour les contrôler, mais pour ne pas en être l'esclave.

Il rêvait de pouvoirs oubliés de clairvoyance, de transmission de pensée, de cette capacité à influencer la matière que les anciens décrivaient sans rougir et que les modernes rangent pudiquement dans la case des superstitions.

Il rêvait d'agir à distance, de sentir avant de comprendre, d'être présent en plusieurs endroits à la fois, selon l'expression de certains mystiques.

Il croyait que ces facultés avaient existé et qu'elles avaient été détruites, ridiculisées, parfois brûlées avec ceux qui les portaient.

Qu'un voile épais recouvrît nos racines les plus anciennes et que nous étions peut-être les derniers à pouvoir encore poser ces questions sans risquer le bûcher, ce qui, convenons-en, est déjà un progrès considérable.

Il rêvait d'un champ invisible où le temps n'existe pas, d'un espace parallèle où tout est déjà écrit et pourtant toujours modifiable, ce paradoxe qui n'en est un que pour ceux qui n'ont pas encore vécu l'un de ces instants où le futur semble déjà connu.

Il croyait que l'évolution ne s'arrêtait pas à l'homme tel qu'il est aujourd'hui, qu'une autre version était en formation, plus vaste, plus reliée, plus consciente.

Pas un surhomme, quelqu'un de plus juste.

Il rêvait de disparaître sans mourir, de devenir sans vouloir, d'être sans se nommer.

Vaste programme, reconnaissons-le.

C'était un rêve immense, débordant, parfois déraisonnable, parfois dangereux.

C'était le mien et il m'a tenu en vie.

Pendant des décennies, ce rêve a fonctionné comme une boussole invisible. Pas toujours fiable, parfois capricieuse, mais jamais éteinte.

Dans les moments où tout s'effondrait, et il y en a eu, c'est lui qui maintenait une direction, vague, lointaine, mais réelle.

Réunir les rêves d'une vie donne une liberté étrange qui ressemble à ce que j'appellerais une virginité tardive.

On a tout vu, tout désiré, tout projeté et soudain, on peut choisir.

Vraiment choisir.

Non plus par manque d'alternatives, mais par clarté sur ce qui compte.

Faire un reset, ce n'est pas tout effacer, c'est alléger la mémoire après avoir soigneusement sauvegardé l'essentiel.

C'est fermer des onglets ouverts depuis trop longtemps pour que l'écran redevienne lisible.

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Chapitre 16 – La prière de Louis

Le mot prière dérange parfois car il évoque des croyances, des traditions, des formes figées. Cependant, il existe une prière sans dogme qui aligne sans demander, sans implorer, ni négocier. Elle n'est pas tournée vers l'extérieur, elle est tournée vers cet endroit où tout peut se rassembler. C'est une formule, au sens ancien du terme, une phrase, un mot, une intention, non pour obtenir, mais pour devenir.

Louis est un homme aux yeux clairs dont la vivacité dément les générations qui nous séparent. Il m'accueille avec une politesse rare, celle qui n'attend rien en retour. Son âtre brûle d'un feu ancien, un feu qui contraste avec les préoccupations du jeune entrepreneur que j'étais, déjà encombré de mille croyances aussi nécessaires qu'inutiles. 

Pendant un an, je monte jusque chez lui sans raison précise, sans attente formulée, et une amitié s'installe, nous parlons peu, nous nous comprenons. Lorsque les jours sont accablants, c'est vers lui que je viens me réchauffer, comme on revient à une source dont on ne sait plus quand on a commencé à y boire.

Un jour de printemps, alors que la vie se remet en mouvement, Louis, sentant que la sienne va bientôt se retirer, me fait prévenir.

Je ne garde de ce jour aucun souvenir de tristesse, la lumière est éclatante et les fleurs rivalisent en clarté avec les rochers qui parsèment les prairies joyeuses. Deux chaises de bois, deux verres posés sur une table de pierre, ni discours, ni cérémonie. 

Louis me transmet le rituel qui soigne le feu, le sang et la douleur. Il le fait comme on passe un flambeau, sans emphase, parce que ce n'est pas le moment d'expliquer.

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Pendant quarante ans, j'ai porté ce rituel en silence, non par secret, mais par respect du temps. 

Ce que j'ai reçu ne m'appartient pas, une transmission ne circule pas quand on le décide, elle circule lorsque le moment est juste. 

Si ce rituel n'est pas réservé aux souffrances intenses, on sous-estime la puissance des maux bénins. Celui qui souffre devient vite une personne qui se défend, qui se crispe, anticipe et réduit son amplitude. 

Le soin commence par la décision de ne plus laisser la douleur gouverner. 

Une tension dans le dos, une migraine sourde, un trouble du sommeil, tous les bobos du quotidien, ce n'est pas devenir guérisseur que de les maîtriser, c'est redevenir disponible.

Un rituel accompagne la médecine sans jamais la remplacer. Il n'est pas une preuve, il est une pratique et une pratique n'existe que par l' État qui la porte. 

Pourquoi ne pas essayer pour ce qui est sans gravité, sans urgence, et qui demande seulement une présence plutôt qu'un diagnostic ?


La prière s'inscrit dans une globalité, vous la trouverez sur l'édition papier


Louis, en conclusion, a dit ceci et je le rapporte mot pour mot parce que rien de ce que j'aurais pu écrire ne vaut mieux.

— Un rituel ne force jamais la porte, il frappe et parfois, lorsque la situation est juste, quelque chose s'ouvre. 

— Ton cœur doit être en paix, non pour plaire à un dieu, mais parce qu'un cœur troublé empêche l'action. 

— L'amour apaise, la peur bloque.

— La main n'ordonne pas, elle accompagne. 

— Le silence qui suit est déjà une réponse. 

— Les mots ne valent rien sans la sincérité qui les porte, si tu es sincère, quelque chose circule, et parfois cela suffit.  

— Ce n'est pas parce que nous connaissons le texte que nous pouvons guérir, la lumière répond à notre conscience éveillée.

Le rituel de Louis est un témoignage de l'amour par lequel la vie entre. Ce que les anciens appellent un cœur juste n'est pas une vertu abstraite, c'est une qualité de présence suffisamment rassemblée pour que quelque chose puisse circuler à travers nous sans être arrêté par nos propres résistances.

Certains silences doivent devenir partagés.

— Tu ne fais rien, tu laisses passer, a dit Louis.

Un savoir qui ne circule pas s'éteint, c'est pour cela que j'écris ces mots aujourd'hui.

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Louis m'a donné un rituel pour soigner et davantage encore. Avec les années, j'ai compris qu'il m'a appris le principe d'une formule plus universelle qui ne soigne pas mais qui positionne, qui ouvre, qui laisse passer.

Elle se tient quelque part entre la prière et le rituel, sans être tout à fait l'un ou l'autre. La prière est un mouvement du cœur vers ce qui est plus vaste que soi et le rituel pose le corps dans le temps et l'espace. 

Là où la prière ouvre, le rituel ancre, la formule juste naît de cette jonction. Ce qui compte n'est pas la précision des mots, c'est la façon dont on se tient en les disant. La conviction pèse davantage que la formulation, le souffle et le silence comptent autant que les mots.

Si vous oubliez les mots, rien n'est perdu. Si vous respectez l'esprit, même maladroitement, quelque chose commence à s'organiser.

Il se prononce n'importe où, en marchant, en regardant la pluie, en attendant le bus. Ce qui compte n'est ni la posture spectaculaire ni la répétition maniaque, mais la tenue intérieure et la sincérité du moment.

À chaque inspiration, nous accueillons, à chaque expiration, nous nous libérons, puis, à voix haute ou intérieurement, nous déposons notre intention entre les deux phrases.


La prière s'inscrit dans une globalité, vous la trouverez sur l'édition papier


Un court silence conclut l'acte, nous ne devons pas commenter, expliquer ou attendre. Il se peut que rien ne change immédiatement, il se peut qu'une légère résistance apparaisse, ou au contraire une forme de calme inattendue. 

Tout est juste, un rituel n'a pas pour but de produire un effet spectaculaire, mais il a pour fonction de nous positionner.

Chaque fois que nous prononçons cette formule, nous rappelons à notre corps, à notre esprit et au monde que nous sommes là.

C'est peu et c'est énorme, la lumière demande moins d'exploits que de vigilance. Un nouveau jour est une bénédiction, en prendre conscience magnifie son éclat.

Ce que nous allons découvrir n'est pas un savoir à accumuler, c'est un espace à habiter. 

Revenir à ces textes avec du silence et de la gratitude, c'est déjà entrer dans l'endroit où quelque chose agit.

Remercions la vie pour ce meilleur qui nous est destiné de toute éternité. 

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Chapitre 23 – Notre chemin de maître

Dans la deuxième partie, vous m'avez accompagné là où les idées sont devenues des actes. Avant d'entrer dans la pratique, arrêtons-nous un instant et regardons le chemin parcouru de l'apprenti au compagnon.

L'apprenti a appris à tenir la barre, à écouter le vent, à lire les étoiles. Il a appris à se taire quand le mental voulait parler, à agir car le corps savait déjà.

Le compagnon a appris ce que le rêveur croyait.

Nous avons retrouvé Pauwels et Bergier et cette certitude qu'une dimension supérieure de l'intelligence humaine existe, attend, et peut être réveillée.

Nous avons reçu la transmission de Louis, ce rituel ancien qui soigne le feu, le sang et la douleur, non par la parole mais par la qualité de présence qui la porte. Un savoir qui ne circule pas s'éteint.

Nous avons appris la formule juste, non pour obtenir, mais pour nous positionner. Là où la prière ouvre, le rituel ancre.

Nous avons rencontré « Le Feu vivant », cette présence ancienne inscrite en chaque être humain depuis l'aube du monde. Il n'est ni conquis ni mérité, il apparaît lorsque nous cessons de nous disperser. Rien ne s'ajoute, c'est le bruit qui se retire.

Nous avons compris que l'espérance n'est pas une émotion, c'est une structure. Elle redonne de l'élan au corps, réorganise les priorités, rend possible ce qui sans elle serait resté une fatigue résignée.

Nous avons compris que la joie n'est pas une récompense, c'est un carburant. Celui qui rit du fond de l'âme cesse d'être prisonnier du monde, il en devient le témoin attentif, parfois même le souffle.

Nous avons appris à laisser circuler la vie, à devenir un point de passage plutôt qu'un barrage.

Nous avons marché jusqu'à la Pierre de sang et compris qu'un lieu ne raconte jamais ce qu'il est. Il raconte ce qu'il éveille.

Nous avons choisi de vieillir autrement, non pas de rester jeunes, mais de cesser de nous user inutilement.

Nous avons compris que pour changer le futur, il faut d'abord changer le regard depuis lequel on lit le passé.

Certains futurs possibles nous appellent déjà, tout cela était la préparation, maintenant allons à la rencontre du Maître.

Le maître n'est pas celui qui sait plus, c'est celui qui agit depuis un lieu plus profond que la pensée ordinaire. Celui qui s'use moins, celui qui perçoit avant de comprendre.

Nous sommes à cette frontière, ce qui suit ne s'apprend pas mais se pratique, se vit, se vérifie dans l'expérience réelle.

La nôtre, pas celle des livres.

Les portes du rêve occultiste s'ouvrent, non pas vers un monde mystérieux réservé à quelques initiés, mais vers ce que nous sommes déjà capables de percevoir si nous cessons de regarder seulement avec nos yeux.

L'apprenti et le compagnon deviennent maîtres le jour où ils comprennent qu'ils l'ont toujours été.

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Sommaire

1661 – 43.170° N, 8.594° E

2 – L’intelligence oubliée

3 - Nos fissures

4 – L'instrument négligé

5 – L'élégance nous va si bien

6 – La clé est en nous

7 – Ce depuis quoi nous pensons

8 – Notre acte de naissance

9 – Le huitième péché

10 – La loi de l'amour

11 – Rester ce que j’écris

12 – Le salaire de l'apprenti

2ᵉ PARTIE

13 – Le rêveur    

14 – Prenons soin des autres

15 - Louis            

16 – La prière de Louis

17 – Un feu qui nous fait vivre         

 

18 – L’espoir porte notre réussite

19 – Nous sommes la joie

20 – Laissons circuler la vie

21 – Le pouvoir de vieillir autrement

22 – Changeons notre futur

3ᵉ PARTIE

23 – Notre chemin de maître

24 – Il ignorait qu'il était magicien

25 – Magicien nous-mêmes

26 – Le secret qui nous envole

27 – L'individu optimisé

28 – La chance est en nous

29 – La clairvoyance se développe

30 – La précognition est le résultat

31 – Ce que nous vivons  

32 – La boucle est bouclée

33 – Le septième jour

 

 

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Jean-Pierre Vitter

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Date de dernière mise à jour : 11/08/2026